Selon le journal d'investigation, l'Arcom se serait déjugé après avoir reçu des pressions du président du Sénat.
L'Arcom a-t-elle fait volte-face ? Alors que "Complément d'enquête" se trouve en pleine "tempête médiatique" depuis la diffusion du numéro consacré à CNews, le magazine du France 2 se retrouve assigné d'une mise en garde de l'Arcom pour une toute autre émission. Le 19 juin dernier, Tristan Waleckx et ses équipes exploraient dans "Sénat : les secrets de la chambre haute", les affaires qui ont récemment ébranlé le palais du Luxembourg. Dans un communiqué, le gendarme de l'audiovisuel expliquait que plusieurs séquences du reportage n'offraient pas les précisions nécessaires. Le régulateur pointait notamment du doigt "l’absence de mise en perspective, de nature à nuire à la bonne compréhension du téléspectateur", à propos du témoignage d’un ancien collaborateur parlementaire dénonçant des faits de harcèlement. Il a aussi estimé, au sujet d’un autre extrait, que certains faits "ne peuvent être regardés comme ayant été traités avec la mesure et la rigueur requises".
Or, selon les informations rapportées par "Mediapart", l’autorité de régulation n’avait, dans un premier temps, relevé aucun manquement concernant l’émission sur le Sénat. Elle avait même averti les équipes de "Complément d’enquête" de sa décision de classer sans suite le dossier. Pourquoi, alors, un tel revirement de situation ? Le journal d'investigation rapporte que l'Arcom serait revenue sur sa décision initiale à la demande de Gérard Larcher, président de l'institution, "mécontent" de l’enquête du service public, et remonté contre le non-aboutissement de sa saisine. Une version des faits que réfute l'autorité, interrogée par nos confrères. "Le collège a considéré, après un premier passage en plénière, qu’il subsistait des questions auxquelles les éléments transmis par France Télévisions n’apportaient pas de réponses suffisantes. Des éléments complémentaires ont donc été demandés (ce qui n’est pas inhabituel) et c’est à l’aune de ces éléments complémentaires que le collège, réuni en plénière, a décidé de mettre en garde l’éditeur", prétend-elle.
Du côté de la rédaction de "Complément d'enquête", c'est la stupéfaction qui prédomine après ces révélations. "C'est la première fois dans l’histoire de France Télévisions qu’après avoir été blanchie, une décision est rejugée par l'Arcom", nous a confié un journaliste du magazine, choqué comme ses camarades. "C’est très surprenant de voir l’énergie déployée par l’Arcom pour nous chercher des poux dans la tête sur ce sujet, quand on sait que les condamnations de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen ont fait l’objet de campagnes de désinformation massives sur CNews, qui n’ont pas été sanctionnées", s’indigne une autre source haut placée à France Télévisions.
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Cet épisode survient alors que France 2 fait déjà face à une autre polémique : la suppression en urgence d’une séquence dans le numéro de "Complément d’enquête" consacré à CNews, diffusé ce 27 novembre. Cette coupure fait suite à une mise au point très ferme rendue publique par l’Arcom quelques heures avant la diffusion. Dans une enquête, Reporters Sans Frontières assure que CNews réserve "40,6 % du temps d’antenne à l’extrême droite" contre "15,4 % à la gauche" et évoquait un "rattrapage nocturne" artificiel. Des informations reprises pendant quelques minutes dans le reportage du magazine. Mais jeudi matin, l’Arcom a sèchement répondu : "Nos résultats ne sont pas ceux de RSF. Nous n’avons pas de doute. Il n’y a pas de contournements des règles du pluralisme politique." La contestation a contraint France 2 à couper toute la séquence, faute d'avoir assez de temps pour pouvoir confirmer la véracité des information.
2025-12-02T11:18:20Z