GROENLAND : KATIE MILLER, TRUMPISTE CONNECTéE

Une carte du Groenland peinte aux couleurs du drapeau américain et assortie du mot «BIENTÔT». Ce simple tweet a suffi à déclencher le 3 janvier une controverse diplomatique. Car il émanait de Katie Miller, épouse de Stephen Miller, le secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche. De quoi provoquer une nouvelle poussée de fièvre dans les relations diplomatiques entre Washington et Copenhague à propos du Groenland. L’ambassadeur du Danemark aux États-Unis, Jesper Møller Sørensen, a tenu à réagir : «Nous attendons le respect total de l’intégrité territoriale du royaume du Danemark.»

Katie Miller, 34 ans, évolue au cœur du système trumpiste. Sans avoir exercé de mandat électif, elle est présente de longue date dans les cercles du pouvoir. Réputée pour sa loyauté au président et sa combativité comme communicante, elle est devenue porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure (DHS) durant le premier mandat de Trump, avant de rejoindre le cabinet du vice-président d’alors, Mike Pence. Ancien chef de cabinet de ce dernier, Marc Short souligne qu’«elle n’était pas intimidée par son rôle.»

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Arrivée au gouvernement en 2017, Katie Miller y déploie une connaissance solide des dossiers de sécurité intérieure, en particulier ceux liés à l’immigration et à la sécurisation de la frontière sud avec le Mexique. Ancien responsable du DHS, Jonathan Hoffman assure qu’«elle en savait plus sur certains programmes de sécurité frontalière que les personnes qui les dirigeaient.» Elle s’illustre aussi par sa défense vigoureuse des politiques présidentielles, y compris pendant la gestion de la pandémie de Covid-19. 

Après cette expérience au sein de l’Administration, la jeune femme se tourne vers le domaine du divertissement. Elle rejoint la «womanosphère», un ensemble de podcasts et de plateformes animés par des femmes conservatrices, mêlant culture et bien-être, ainsi que des commentaires politiques. Interrogée par le New York Times, elle déplore qu’aucune plateforme en ligne n’ait jusque-là offert aux femmes conservatrices un espace pour se réunir et échanger. En donnant la parole à des figures de l’exécutif, son émission brouille les frontières entre vie personnelle, communication politique et influence médiatique.

Son mariage avec Stephen Miller est célébré en février 2020 au Trump International Hotel de Washington, en présence du président. Le tandem est désormais en vue au sein du mouvement MAGA («Rendre sa grandeur à l’Amérique»). Steve Bannon, l’ancien stratège de Trump, loue «un couple formidable». Pour certains détracteurs, leur influence dans l’appareil de la Maison-Blanche prend des proportions exceptionnelles. 

Stephen Miller compte à la fois parmi les principaux idéologues du trumpisme et les conseillers politiques les plus influents du président. Discret mais omniprésent dès le premier mandat du président, aujourd’hui cheville ouvrière de ses politiques les plus emblématiques, il s’est imposé comme l’architecte des politiques agressives de l’exécutif en matière d’immigration. Il défend notamment la politique de séparation des familles de migrants arrêtés ou expulsés. 

Ces dernières semaines, il a semblé étendre son domaine à la politique étrangère et de défense. Il a ainsi justifié devant les médias l’opération des forces spéciales américaines au Venezuela contre Nicolás Maduro et pris de haut les objections des Européens au projet américain d’annexer le Groenland.

Après avoir travaillé ces dernières années aux côtés d’Elon Musk, Katie Miller est devenue l’une de ses principales interlocutrices au sein de l’Administration. Conseillère puis porte-parole du DOGE (ministère de l’Efficacité gouvernementale), elle s’est imposée en tant que principal relais des décisions de Musk, répétant la formule «Elon veut cela» avec autorité. Après la prise de distance entre Musk et Trump, elle s’est retrouvée un temps dans une position malaisée. Mais Katie Miller fait toujours partie du sérail, en raison de ses alliances, de sa loyauté et de sa proximité avec le sommet du pouvoir. Dans l’Amérique de Donald Trump, son influence se mesure moins à sa visibilité qu’à sa capacité de faire passer des messages. Comme celui qui annonce aux Groenlandais leur prochain passage sous pavillon américain.

2026-01-09T18:30:28Z