En semaine A, le Rassemblement national étrille le député LFI Raphaël Arnault, coupable aux yeux du parti d’extrême droite d’avoir été fiché S par les services de police en raison de son passage par le mouvement antifasciste la Jeune Garde. En semaine B, le parti de Jordan Bardella investit Nicolas Battini à Bastia, pourtant condamné à huit ans de prison pour terrorisme après un attentat à la voiture-bélier en 2012 contre la sous-préfecture de Corte.
Un passé nationaliste que Marine Le Pen assume pleinement. Invité ce mardi 2 décembre sur BFMTV, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale a relativisé le casier judiciaire du candidat soutenu par son parti. « Il a été aspiré en quelque sorte dans une spirale de violence. À l’époque, c’était comme ça, il avait 18 ans et il a fait sauter la porte d’entrée d’une sous-préfecture », a-t-elle justifié, expliquant que celui qui est président de Mossa Palatina (une sorte déclinaison locale de Reconquête) a depuis « renoncé à la violence ».
La députée du Pas-de-Calais confirme avoir rencontré l’intéressé (inscrit au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes) et en convient sans détour : « Oui, j’ai donné mon accord à cette candidature ». Un casting qui, sur la forme comme sur le fond, a de quoi faire tiquer. Car, en façade, et conformément au souhait formulé par Jordan Bardella, le parti d’extrême droite affirme exiger un casier judiciaire vierge pour ses candidats.
Ce que Julien Sanchez, le directeur de campagne du RN pour les municipales, a répété à l’occasion d’une conférence de presse ce lundi 1er décembre : « un candidat ayant un casier judiciaire en cours aujourd’hui n’est pas accepté ». Or, d’évidence, cette règle ne s’applique pas à Nicolas Battini qui, par ailleurs, a aussi été condamné pour « recel de biens » à la suite de la découverte d’un téléphone portable dans sa cellule.
Mais au-delà de cette pirouette sur la forme, l’acrobatie sur le fond apparaît encore plus périlleuse. Car c’est peu dire que le nationalisme corse et le patriotisme jacobin revendiqué par le RN ne font pas bon ménage. Au-delà de s’inscrire dans un combat identitaire dont se méfie généralement Marine Le Pen, le parti Mossa Palatina promeut des idées incompatibles avec celles revendiquées par le RN. Ainsi, ce parti « s’engage à défendre la langue corse par le soutien à toutes les logiques immersives, associatives comme publiques ». Or, en 2022, la candidate du RN s’opposait à l’apprentissage des langues régionales à l’école.
Nous avons surtout mis en avant nos points de convergence. Le refus de l’immigration et du wokisme, l’attachement au populisme », Mossa Palatina, sur Le Monde.
Nicolas Battini prône la reconnaissance du peuple corse dans la Constitution, en vue de l’obtention de l’autonomie. Deux hypothèses rejetées par Marine Le Pen qui, en 2022, jugeait que l’autonomie « est un leurre » et que « la Corse doit rester française ». Pas vraiment le projet qui vise -in fine- à voir Paris prendre ses distances avec l’Île-de-Beauté. Mais alors, comment expliquer un tel retournement de veste de la part du RN ? Cité par Le Monde, le fondateur de Mossa Palatina expliquait récemment, sans le dire explicitement, que ce sont les obsessions de l’extrême droite qui permettent de faire la jonction. « Nous avons surtout mis en avant nos points de convergence. Le refus de l’immigration et du wokisme, l’attachement au populisme », soulignait-il début novembre.
De façon purement pragmatique, chacun a en fait besoin de l’autre à court terme : le RN peut se servir de Mossa Palatina pour implanter la flamme tricolore sur le sol corse, où il réalise de bon score aux élections nationales mais pas aux élections locales (5 % pour le candidat RN à Ajaccio en 2020). En face, le parti de Nicolas Battini obtient une étiquette politique performante et fait sortir sa perception du nationalisme corse de la marginalité groupusculaire.
Ce qui vaut bien, pour ce mariage d’intérêts mû par l’unique volonté de conquérir le pouvoir, des concessions spectaculaires sur le fond. Ainsi, le RN sacrifie l’indivisibilité de nation à laquelle il prétendait tant tenir, en s’alliant avec un parti qui promeut un « statut de descendant », soit ni plus ni moins qu’un droit du sang en version Corse. Ce qui est pratique, c’est que le terme pour décrire ce qui motive la contorsion est assez facilement compréhensible en français : « Opportunisimu ».
2025-12-02T12:41:03Z