ÉTATS-UNIS - « Un sac avec des trucs dedans. » Voilà comment Donald Trump définit le mot « groceries » (les « courses » en français), un terme qu’il n’a cessé de répéter durant toute sa campagne. Car l’inflation a beaucoup joué dans la réélection du président des États-Unis qui promettait de « baisser les prix » dès son premier jour au pouvoir. Un an après son retour à Washington, Donald Trump a-t-il rempli sa promesse numéro un ?
« On est très, très loin de la promesse de campagne dans les réalisations. Non seulement les prix ne baissent pas, mais il y a une persistance de l’inflation », analyse auprès du HuffPost Thérèse Rebière, économiste et professeure des universités au conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
Les derniers chiffres de l’inflation, publiés en octobre, montrent que la hausse des prix sur un an est de 3 %, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article. Un résultat bien au-delà de la cible de 2 % fixée par la Réserve fédérale américaine, la Fed, mais qui n’empêche pas Donald Trump d’assurer que son objectif est largement atteint.
Dans le détail, certains prix baissent, comme celui des œufs qui avait augmenté à cause d’une épidémie de grippe aviaire ou, pour partie, ceux de l’énergie. « Dans tout propos fallacieux, il y a toujours une vérité qui se cache. C’est-à-dire qu’à date, on ne peut pas considérer que c’est la politique de Donald Trump qui ait réussi à faire baisser les prix de l’énergie. Il y a une partie des prix de l’énergie qui diminuent mais, inversement, sur le dernier mois, on a une augmentation des prix qui est assez importante sur le gazole, et d’une manière générale sur les énergies fossiles, » relativise l’économiste.
De plus, les prix de l’alimentaire continuent à augmenter de 0,2 % sur le dernier mois et de 0,5 % sur le mois précédent. Signe que l’inflation persiste mais tend à ralentir. Et ce, alors que les économistes prévoyaient bien pire, notamment en raison des droits de douane imposés par Donald Trump.
Mais Donald Trump et son administration ne sont pas pour autant tirés d’affaire, selon Thérèse Rebière : « Les entreprises ont fait beaucoup de stocks pour faire face à l’augmentation des tarifs douaniers, à la fois au mois d’avril mais également au mois de juillet, alors qu’ils ont été mis en place de manière effective au mois d’août. Donc, en réalité, l’impact sur les prix de la guerre commerciale ne se fait pas encore ressentir pleinement auprès des consommateurs », précise-t-elle.
L’impact de la politique menée par Donald Trump est d’autant plus difficile à analyser que de nombreuses données n’ont pas été publiées avec le shutdown, dont celles sur l’emploi. Résultat : la Fed, chargée de garantir la stabilité des prix mais aussi le plein-emploi, a dû s’adapter sans avoir toutes les informations dont elle a besoin.
Elle a réorienté sa stratégie en baissant ses taux directeurs, car elle a considéré que la situation sur le marché du travail pouvait se dégrader. « Ça permet aux banques commerciales de proposer des crédits à meilleurs taux et à la clientèle de consommer, ce qui soutient l’activité économique et le marché du travail. Mais cela a des effets inflationnistes, donc ça va venir entretenir l’inflation persistante aux États-Unis », pointe Thérèse Rebière.
Après neuf mois au pouvoir, les chiffres de Donald Trump ne sont donc pas bons, mais pas non plus catastrophiques, même si tous les effets de ses décisions ne se font pas encore ressentir.
2025-11-04T18:11:00Z