Une petite mesure en apparence, qui risque de causer de lourds dégâts : la Russie prévoit une hausse de sa taxe sur la valeur ajoutée (TVA), une option longtemps rejetée par le Kremlin, mais qui devient nécessaire pour financer son effort de guerre.
La principale cible de cette mesure impopulaire est le déficit budgétaire qui atteint des proportions dangereuses. Car si la loi budgétaire russe pour 2025 tablait à l'origine sur un déficit équivalent à 0,5 % du PIB, son ampleur a été réévaluée à 1,7 % du PIB dès avril, avant d'être à nouveau rehaussé en septembre selon Interfax : il doit désormais atteindre les 2,6 % du PIB, soit 60 milliards d'euros.
Si ce déficit est loin d'atteindre celui de pays comme la France, Moscou dispose de marges de manœuvre bien moins importantes, ne pouvant pas emprunter auprès de nombreuses banques en raison des sanctions.
Cette situation est une nouveauté pour le Kremlin : depuis le début du conflit à grande échelle, Moscou profitait de ses ventes d'hydrocarbures pour dégager de larges bénéfices et financer son budget. La baisse des prix du pétrole et la hausse constante des coûts liés au conflit en Ukraine ont brisé cet équilibre, poussant Moscou à revenir sur l'un de ses engagements.
La TVA en Russie sera en effet augmentée de 20 à 22 % en 2026 : selon The Insider, seuls l'Italie et le Brésil appliquent une TVA aussi élevée parmi les principales économies mondiales. Cette mesure va par ailleurs directement à l'encontre d'une directive de Vladimir Poutine rejetant en 2024 toute hausse future de la TVA, à même d'entamer le pouvoir d'achat de la population.
Le ministre des Finances Anton Siluanov a de même affirmé au cours du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, en juin dernier, que le pouvoir russe était tombé d'accord pour "ne pas modifier les taxes de base", et ce, malgré les "sérieuses turbulences" autour du budget.
Les entreprises affichant des revenus dépassant les 10 millions de roubles (105 864 euros) devront par ailleurs désormais payer la TVA, mettant en péril de nombreuses TPE et PME russes. Ces dernières sont déjà en difficulté en raison d'un manque de main-d’œuvre, dû à la fuite d'une partie de la population et aux salaires avantageux offerts par l'armée ainsi que les entreprises du secteur de la défense.
Au total, la réforme fiscale entreprise par la Russie vise à rapporter 1 800 milliards de roubles (environ 19 milliards d'euros), dont 1 400 milliards dus à la hausse de la TVA, permettant d'aider à résorber le déficit.
Le budget russe, quant à lui, doit légèrement augmenter pour atteindre 44 000 milliards de roubles, le ministère des Finances listant quatre priorités pour ce dernier :"le respect de toutes les obligations sociales envers les citoyens, le financement des besoins de la défense et de la sécurité du pays, le soutien social aux familles des participants à l'opération militaire spéciale [le terme employé par le Kremlin pour désigner son invasion de l'Ukraine], la réalisation des objectifs nationaux fixés par le président pour 2030".
Mais ce budget prévoit un léger recul des fonds dédiés à la défense nationale : le budget militaire doit en effet passer de 13 500 milliards en 2025 à 12 900 milliards de roubles en 2026, sans compter le budget lié à la "sécurité nationale et au maintien de l'ordre".
Certaines dépenses liées à la défense pourraient cependant être effectuées avec le budget alloué à d'autres besoins, comme le souligne Andrei Yakovlev, chercheur associé au Davis Center For Russian and Eurasian Studies, interrogé par The Insider : des achats d'armements et d'équipement militaire sont par exemple listés au sein de la section budgétaire dédiée aux services d'urgence. Difficile donc d'estimer la dépense réelle que le Kremlin compte allouer à sa guerre à grande échelle contre l'Ukraine, qui entrera en 2026 dans sa quatrième année.
Article initialement publié le 10 octobre
2025-10-10T18:43:04Z